Je me souviendrai longtemps de la nuit du 29 au 30 décembre 2011.
En fin d’après midi, le ciel s’assombrit et une fine pluie commence à frapper à la porte. Quelques crachins négligeables tentent de rentrer par les fenêtres. Le temps passe, les lumières s’éteignent sur Auroville et une certaine appréhension collective étreint les gens.
Tout d’un coup un bruit me réveille. Est-ce l’alarme de mon téléphone? Non.
Un rouleau compresseur souffle à travers la forêt et les champs avec une puissance dévastatrice. Le vent gronde, monte en intensité et dévaste tout sur son passage. Petit à petit, la pluie s’invite à l’intérieur et il pleut dans la chambre comme si l’on était dehors. Les rideaux dégageant un bruit aigu et crispant. Insolents, ils s’agitent et fouettent les murs de la chambre violemment .
Panique collective. Des flaques d’eau envahissent la chambre et nos draps sont imbibés d’eau. Reflex: débrancher tous les appareils électroniques et les mettre à l’abris dans les valises. On essaye de se rendormir – impossible.
Les sifflements incessants du vent et de la pluie redoublent en intensité. Comment va l’ami Diego? Son escale à Auroville est bien trop courte et cette météo doit sérieusement secouer sa cabane en bois de bambou.
Le jour se lève sur Auroville. Les visages crispés constatent les dégâts. Les hommes ne peuvent rien contre la fureur de la nature. Ce fut d’abord la peur puis un sentiment d’impuissance qui domine. Des milliers d’arbres sont délogés, déplacés et bloquent à présent les grandes routes. De violentes rafales de vent atteignant 160km/h persistent et les arbres tombent comme des mouches. La communauté est sérieusement paralysée. Plus de courant, pénurie d’eau potable et un manque de nourriture. Mais tout le monde s’entre-aide et se réunit pour des repas. Car c’est en ces moments de catastrophes et de destruction que les gens reviennent aux valeurs de solidarité, de générosité et de partage. Voilà la solidité et la beauté humaine. On oublie les querelles politiques, les disputes insensées, et les désaccords futiles.
Diego est saint et sauf – son toit en bambou fut toutefois emporté par la tempête!
En cette fin de 2011, le cyclone Thane (aigle en Birman) s’abat sur le Tamil Nadu et Auroville. Les dégâts sont colossaux: 70% de la forêt est détruite, les routes et les infrastructures sont sévèrement touchées et on parle désormais de 1,5 Million d’euros de réparations – pour l’instant…
La nuit tombe sur Auroville. La fureur du cyclone a laissé des séquelles profondes qui prendront du temps à cicatriser au sein de la communauté. Après les larmes et le pleurs, les regards sont dès à présent tournés vers l’avenir et une nouvelle ère de reconstruction et d’optimisme s’ouvre à Auroville.
De nombreuses civilisations anciennes ont prédit un changement à l’échelle cosmique à partir de 2012. Ce changement est bel et bien en route. Selon la pensée hindoue, nous rentrons dans un nouveau cycle. Et chaque nouveau cycle donne lieu à une destruction sévère de Shiva, avant la reconstruction et le renouveau.